Bon je reprends en essayant de ne pas faire de conneries cette fois-ci !
Ces balafres sur le granit sont bel et bien, comme l'avait vu Marc, d'antiques
polissoirs amérindiens. Je vous rappelle qu'ils ne connaissaient pas le métal et vivaient à l'âge de pierre. Leurs matériaux c'était la pierre, le bois, l'os et les fibres végétales. Je parle de l'époque précolombienne évidemment.
Ces polissoirs servaient à affiner les pointes de flèches des armes pour la chasse et aussi pour la guerre. N'oublions pas que l'image des gentils amérindiens cool et en équilibre avec la nature qu'on a en Occident est quelque peu décalée. En équilibre avec leur milieu, oui. Mais pour le reste ils étaient guerriers et en luttes perpétuels entre groupes rivaux. Des hommes comme les autres somme toute.
La pointe était frottée dans un mouvement vertical de haut en bas et aller et retour. L'os ne faisait pas grand chose au rocher, par contre, le polissage des pointes en pierre finissait avec le temps par entamer le granit d'où ces stries profondes sur les blocs de roche.
D'autres exemples, au même endroit.


Il y avait une seconde catégorie de polissoirs : les cupules. Là, l'objet était frotté dans un mouvement circulaire de la main sur le rocher pour le polir sur une grande surface. Ave le temps, ça creusait une petite dépression ronde au fond bien lisse.
Sur cette photo prise en avril 2011 dans une zone très vallonnée. au camp le plus en amont que nous ayons fait, on voit Régis étudier l'itinéraire. Il y a des stries (flèches) et une cupule (cercle). L'énormité des flèches est due, je pense, à la faible résolution des photos de l'appareil de Vincent, le logiciel de retouche s'adapte aux pixels et fait de gros machins...

Sur tout le cours de l'Armontabo, ces polissoirs sont fréquents. De même sur d'autres affluents de l'Oyapok et sur certains îlets de l'Oyapok. La zone était giboyeuse et le poisson abondant, les amérindiens y sont donc restés longtemps.
Ces témoignages de ces hommes qui ont vécu là, pêchant, chassant et guerroyant m'ont ému. Je les regardais en essayant d'imaginer leur vie, leurs joies, leurs guerres, leurs rapports mystiques avec la forêt. Ca m'a beaucoup touché, surtout lorsqu'on voit les pauvres choses que sont devenus les amérindiens qui vivent encore en forêt aujourd'hui. On ne peut s'empêcher de comparer avec leurs ancêtres sauvages, au sens premier du terme.
Ces vestiges sont passionnants aussi par leur âge. Ils ont probablement servi à plusieurs groupes qui se sont succédé sur le site. Mais quel est leur âge, en d'autres termes, quand ont-ils été mis en place ? Il y a sans doute des siècles si ce n'est des millénaires. Certains sont éclatés, des fragments de rochers se sont détachés sous le travail de sape permanent de l'érosion.
De nouvelles études génétiques confortent l'hypothèse d'un peuplement des Amériques à partir de l'Asie en trois vagues migratoires, les deux dernières restant "confinées" au Canaca et aux Etats-Unis. La première vague est datée d'environ 15000 ans. Seuls les migrants de cette première vague, qui avaient profité d'un épisode plus froid provoquant la baisse du niveau des océans et mettant le détroit de Behring à sec, ont poursuivi leur chemin en Amérique Centrale pour finalement conquérir l'Amérique du Sud jusqu'à la Terre de Feu. Ce sont les ancêtres des Sud Amérindiens actuels.
Mais, mais, mais, tout n'est pas aussi simple mon bon Monsieur... Des vestiges beaucoup plus anciens (jusqu'à 30 000 ans) ont été découverts en Amérique centrale au Mexique, ainsi qu'au Sud au Brésil. Il y avait des fossiles dont les caractéristiques ne sont pas de type Sibérien/Asie du Sud mais de type Australo/mélanésien !!! Ainsi, les premiers colons américains, qu'on appelle les paléoaméricains, devaient venir d'Australie et d'Océanie, ça laisse rêveur...
Il semblerait qu'ils aient été supplantés par les ancêtres des amérindiens actuels sans qu'il y ait eu métissage.
Pour rajouter encore une dose de complexité, des squelettes âgés de plusieurs milliers d'années ont été découverts à l'Est des USA avec des caractéristiques de type caucasien, c'est-à-dire de type européen au sens le plus large !
