Bon je reprends,
Linquat, on ne part
jamais en forêt sans armes. Il y a les orpailleurs clandestins et ça peut mal se passer. Tu as vu cette triste actualité de ce mercredi 27, deux militaires tués et des gendarmes blessés par des garimperos (très généralement, il s'agit de pauvres bougres brésiliens qui pensent sortir de la misère sur ces sites aurifères clandestins où ils sont en fait exploités et ou règne, vraiment, la loi de la jungle...).
Deuxième raison : la chasse ! Moi non, eux oui. D'une part ils aiment ça, d'autre part ça permet de varier les repas car au bout d'un certain nombre de jours il ne reste plus que du couac et du riz, avec quelques boîtes de sardines et les derniers légumes qui n'ont pas encore pourri dans la moiteur de la forêt. On part aussi avec un filet pour prendre du poisson et Vincent sait monter des satellites pour pêcher le délicieux coumarou.
Ca peut aussi éventuellement, vraiment très éventuellement, servir contre l'attaque d'un animal qui est heureusement rarissime.
Alors reprenons la suite de l'îlet aux ananas.
Nous quittons cet îlet le 8 avril 2009 et retrouvons le lit principal de l'Oyapok. Mon Dieu, il y aurait eu de quoi faire encore 1000 photos, c'est toujours pareil mais en même temps toujours différent ! Après avoir enfin dépassé le terrible saut Kaïchiri (en fait, une suite de sauts, un dédale sur 2 - 3 Km) où j'ai vraiment eu la trouille, nous arrivons enfin, en milieu d'après-midi, à l'entrée de la crique Armontabo. Comme je l'ai déjà expliqué je crois, dans la culture créole une rivière est une crique et un fleuve une rivière.
Au moment même où je vous écris, il pleut comme vache qui pisse, on avait parié un peu tôt sur une arrivée précoce de la saison sèche et c'est le deuxième soir consécutif où il tombe des hallebardes. C'est une des choses que j'aime en Guyane, le temps est totalement imprévisible et la météo se plante plus souvent qu'à son tour, ha, ha, ha. J'entends le vacarme de la pluie qui fouette les feuilles du manguier, des rideaux de flotte qui s'écoulent du toit et des ruisseaux qui dévalent le chemin qui monte à la maison. Le bruit varie au rythme de l'humeur de l'averse. L'atmosphère s'est brutalement rafraîchie et le vent m'apporte un courant d'air humide et frais qui me passe sur le corps à travers les claustras. Après l'après-midi ensoleillée et étouffante que nous avons eu, c'est un délice !
Ca y est, le grain est passé, mais ça va certainement reprendre dans la nuit, il est 23h17 ici.L'Armontabo est une crique superbe et on devine l'embouchure à la différence de couleur des eaux. Les eaux fluviales, celles de l'Oyapok donc, sont claires et assez "blanches". En revanche, celles de la crique ont une couleur sombre typique : "coca" ou "thé". Cela est du à la grande quantité de débris végétaux qui tombent dans la rivière et s'y décomposent. Lorsque qu'on se baigne, si on remonte son bras à quelques centimètres de la surface, la peau paraît d'un vert brunâtre, c'est du à la matière organique.
L'Armontabo est merveilleusement belle car, merci à tous les Dieux, il n'y a pas d'or dans sa vallée ni celles de ses affluents. Elle n'est donc pas orpaillée, CQFD. Une crique orpaillée est vouée à la mort, avec des eaux qui se chargent de boue (et de mercure lorsqu'il s'agit d'orpaillage illégal) et qui se vident de tous leurs poissons. Une horreur.
Je sais maintenant tout ce qu'il y a derrière l'exploitation de l'or en Amazonie, jamais je n'en achèterai le moindre milligramme, ni ici, ni autre part d'ailleurs. Ca me fait gerber. Ca n'empêche pas certains, lorsqu'ils sont en poste dans la vallée du Maroni, de faire du trafic. Je connais des enseignants et un infirmier qui l'ont fait, et d'autres encore, berkk, berkk, berkk ! Si un bon génie surgi de nulle part m'accordait un seul vœu à réaliser, je lui demanderai de changer tout l'or de Guyane en merde. Quel pied ce serait !
Nous avons passé la première nuit au bord de la rivière pas très loin du confluent de l'Armontabo avec l'Oyapok, là où elle est à son plus large. Nous n'avons eu qu'à réhabiliter un carbet qui avait déjà servi, probablement à des brésiliens ou des amérindiens qui étaient venus chasser. D'ailleurs, il y avait plein de plumes de hocco (la dinde locale), ils avaient du en tuer un qui avait servi de repas.
C'est souvent comme ça en forêt, les carbets servent à plusieurs personnes qui les remettent en état à chaque passage.
Le lendemain, le 9 avril, nous sommes repartis pour remonter la crique le plus loin possible. Paysage magnifique, je n'ai pas de photos hélas. Nous avons à nouveau chaviré en plein milieu de la rivière dans un saut difficile à négocier. Et encore à nager à rattraper le matos, crapahuter sur la rive au milieu des racines pour retrouver des objets rabattus sur la berge. Peu de pertes finalement, mais une solide engueulade entre Vincent et Régis.
Finalement, nous sommes repartis pour arriver dans une espèce de petit lac formé par la rivière qui, à cet endroit, s'élargit au niveau d'un saut. Sur les rives, une mini plage de sable avec un carbet de chasseurs à remettre en état. Nous nous y sommes établis. C'est un très, très bel endroit où nous sommes restés au moins deux jours je crois.
Voici des photos pour commencer (tiens qu'est-ce que j'avais dit, ça y est la pluie revient, c'est bon pour mes orchidées

). Finalement non, il est trop tard, je reprendrai demain.
Alors voilà, 24 heures sont passées. Je vais poster les photos de cet endroit en plusieurs fois car j'en ai plusieurs, et même quelques unes de l'expédition de 2011, deux ans plus tard.
Votre serviteur avec Régis en train de remonter le filet pour récupérer du poiscail :

Lessive tranquille de Régis sur les dalles de granite qui barrent le fond du "lac" en formant un ilot de pierre juste sous un saut, très bel endroit, j'adorais m'y prélasser :

Ca bouillonne :

Tranquille, tranquille :

A poil dans l'eau fraîche sous le soleil équatorial au cœur de la forêt primaire, ce sont des moments qui ne s'oublient pas !

La cool wakaman "à quai", si j'ose dire ! Le paquet de grosses feuilles, c'est une des nombreuses espèces de Philodendron, ils abondent.
Petit détail qui a son importance : le sac qui trempe dans la rivière nous permet de garder au frais les pochons de pinard !
