Ces derniers temps, pour aller au potager, il fallait :
-n'avoir rien d'autre à faire
-avoir vraiment très faim
-être vêtu d'un équipement de survie et surtout bien indiquer aux autres membres de la famille l'endroit exact du potager où tu comptais aller -ça peut toujours aider les équipes de secours lancées à ta recherche-
Sur la photo, on peut voir le sourire béat du rescapé du gars qui en revient....Heureux de s'en tirer à si bon compte (juste les doigts engourdis, c'est tout !), mais qui ne se doute pas encore qu'il va falloir qu'il y retourne, au potager : "Et les seaux à compost, ils vont se vider tous seuls ?"

ça, c'était jusqu'à hier, 13 heures.
Parce qu'il y en a marre, parce que je peux enfin consacrer du temps au jardin et au potager, et surtout parce que depuis hier, 13 heures, c'est ça :

Oui, oui, vas vite chercher ton nuancier, en arrière-plan, tu ne rêves pas, c'est du BLEU !!! -Couleur ancienne et oubliée qui semble revenir au goût du jour-
Bon, plus sérieusement, je n'avais plus fait grand chose au potager, par manque de temps et à cause du temps. Pas de semis. Pas envie de poser un tunnel. Terre froide.
Mais une fois de plus, le potager a vécu sa vie seul, sans que nous n'y intervenions, hormis pour les récoltes, et les promenades contemplatives. Je le redécouvre à chaque fois ; je désherbe et je suis toujours aussi étonné de constater que les légumes trouvent leur place au milieu des herbes ; y-a-t-il vraiment concurrence entre les herbes et mes cultures ? A un certain stade, oui, sans doute, si je lassais tout aller. Je ne suis plus du tout, mais vraiment plus du tout persuadé du fait qu'il faille systématiquement désherber parce que les herbes pomperaient dans le sol des éléments essentiels à la croissance de mes légumes.
Je joue d'un subtil équilibre entre lâcher prise et reprise du contrôle.
J'estime que les herbes, au contraire apportent la vie à la terre ; combien de fois ai-je trouvé des verres de terre dans les racines de mottes herbeuses que j'arrachais ? Combien de variétés d'insectes trouve refuge dans les herbes ? J'ignore leur nom, j'ignore si ces insectes sont bénéfiques ou non, j'ignore pourquoi certaines espèces ne fréquentent que certaines herbes ou fleurs.
Mais, à chaque fois que je désherbe, je suis saisi d'une grande tristesse, parce que j'ai le sentiment de détruire et de bouleverser un monde qui vit sans moi, là, à mes pieds, tout autour de moi ; j'en entends les bruissements, les crissements. Je suis peiné de laisser mon empreinte dans ce milieu. Mais je dois produire pour me nourrir ; alors j'essaie de faire en sorte que mon empreinte ne soit pas trop visible, qu'elle n'ait pas de grosses conséquences négatives.
Par où commencer ? Il y a tant à faire !!! Déjà, je ne me prends pas la tête. Je ne suis en retard sur rien, c'est le temps qui commande ; donc, je me passerai de semer certaines variétés de légumes précoces comme les petits pois -j'en ai déjà deux rangs, ça suffit-
Nous vivons toujours de notre potager d'hiver, et c'est pour moi la grande leçon de ce début d'année catastrophique du point de vue météo. Ce potager a résisté aux écarts incroyables de températures, mieux, il en a été comme revigoré ; nous avons des épinards monstrueux, les poirées sont superbes, les salades sont consommées quasi quotidiennement, les poireaux se sont épaissis. Si nous n'avons plus de saisons tranchées, si les mois de mars et avril ne sont plus assez chauds, je vais poursuivre dans cette voie.
Je commence par désherber la butte aux salades ; je me plaignais de la Rouge Grenobloise, et, par ces temps difficiles, je suis finalement bien heureux de l'avoir au potager, cette salade qui résiste à tout -froid, chaleur, montaison-, qui se ressème toute seule ; ma seule intervention, en cours de désherbage : récupérer quelques plants et les repiquer où il y a des trous.



J'ai dégagé assez de place pour semer deux rangs de radis, des violets et des jaunes ; spéciale dédicace à raksha pour l'espacement des graines...Bon, d'un autre côté, je n'ai pas non plus une horde affamée à nourrir....

Du côté des pommes de terre, j'ai fini ma parcelle, en y rajoutant des rangs de Baraka et de Kennebec, plants ramenés d'Espagne, ainsi qu'un fond de cageot de pommes de terre germées, retrouvé dans le garage-

J'ai enterré le restant de pommes de terre germées, notamment là-dessous

Les oignons blancs se préparent pour la dernière ligne droite, qui mène à nos assiettes

Le tunnel des épinards

Le tunnel des choux de printemps : grosse déception pour les choux cabus bacalan de Rennes, tous montés à graines

Mais pleine réussite pour les pointus de Châteaurenard, et grande fierté pour moi : j'ai ENFIN réussi des beaux choux, du semis à la récolte !


La butte aux asperges : toujours pas de signe de vie, mais les échalotes et les oignons sont bien sortis

Des échalotes, il y en a aussi sur la pente de la grosse butte

Et au milieu des fraisiers

La butte aux aulx

La butte aux mâches et aux épinards : les mâches montent à graines. Je laisse pousser, je couperai tout comme engrais vert, en faisant attention, là-dedans, il y a du persil et de la coriandre

Les poirées blondes à couper n'en finissent pas de repousser, encore et encore, après chaque cueillette ; elles ont gagné largement leur place dans le potager d'hiver ; trois mètres linéaires nous suffisent amplement

Les myosotis s'acoquinent avec les heuchères, à l'ombre du grand chêne ; je vais finir ma pause café et retourner à mes semis.
