On s'amuse beaucoup à créer des maïs nouveaux. Je vais en parler un peu plus tard, mais en attendant, si ca ne te fait rien, je vais m'amuser à un jeu: je vais imaginer que tu m'as remis le coin maïs entre les mains et que je dois faire des mais doux avec, car je crois que tu veux en bouffer. Ca expliquera en même temps ce que l'on fait...
LE MAÏS BISONBLANC, MON TOMO-DÉFI
Mon défi: il y a plusieurs maïs, et ils ne sont pas tous à bouffer frais, plusieurs sont des maïs à farine, pas vraiment bouffables à moins d'être une vache ou...un poulet de Bresse
La liste: Les caractéristiques
stowell's evergreen un sucré délicieux
- texas honey june un sucré
- paiute à farine
- incas rainbow un sucré
- golden bantam un sucré délicieux
- ashworth un sucré
- country gentleman un sucré
- black aztec un sucré, ou à farine plus tard
- amish purple un popcorn
- chapalote pinole un popcorn
- purple pop un popcorn
- red strawbberry un popcorn
- oaxacan green à farine
- Bloody butcher un sucré ou à farine plus tard
- Bronze orange un...mystère

probablement farine
-Baby Blue ( ou Blue Jade) un sucré, puis popcorn plus tard
D'abord, je n'ai pas goûté tous ces mais sucrés, mais Golden Bantam est de loin le plus universellement connu. Il est celui qui a mis les maïs au monde comme légume très répandu chez nous. Son statut est légendaire. Vous pouvez vous promener n'importe où en Amérique du nord, aucun de ces mais n'est connu partout, sauf Golden Bantam.
Ceux que j'ai souligné comme délicieux je les connais vraiment. Les autres peuvent être aussi bons...
Comme je veux du maïs sucré, je ne veux pas que les gènes des mais à farine ou des popcorns les contamine. Les mais à farine, par contre, pourront toujours être moulus même si du sucre y est ajouté. D'ailleurs, il y a un nom mexicain que j'oublie pour de la farine de mais sucré ( ou doux ). Et il n'y a pas de grande différence génétique entre le mais sucré SU et les autres. Il reste un peu plus longtemps en phase sucrée, mais il est le descendant direct des dents, des mais à farine ou à vache comme on dit, c'est selon.
Les popcorn qu'il y a ici, auront un coefficient de gonflage de 25 à 35 MAXIMUM, alors qu'un bon maïs soufflé ( en bouche ) doit avoir un coefficient de 40/1 à 44/1. Au dessous, il est dur, au-dessus, il s'effrite. Comme on est pas dans le popcorn gourmet de toute facon, je le réduirais en farine de toute manière, mais comme il a de petits grains profonds, il est possible qu'un ajout du gène sucré nous cause d'agréables surprises.
Je couperai toutes les têtes de pollen des mais popcorn ou à farine, de facon à m'assurer que les mais sucrés se pollinisent entre eux et que j'ajoute le gène sucré aux autres, que je laisserai sécher sur pied.
J'aurai du mais sucré tout plein. Aucune de mes variétés originales n'y sera, j'aurai des hybrides. Mais quoi qu'en disent les puristes de la conservation variétale, l'hybridation est l'arme de la nature pour la survie des espèces. Les amérindiens le savaient, ce qui explique la très grande variété dans les mais, courges, tomates et pommes de terre, tous des champions de la différence et de la variabilité.
Ils étaient des super-hybrideurs. On ne parle pas ici d'hybridation corporative pour les profits, d'apauvrissement génétique pour la spécificité de traits particuliers, mais de variété et de richesse génétique.
Dans mes mais à farine et à popcorn, je ferai attention à bien séparer et identifier mes variétés mères. Pour chacune, je passerai à travers les épis et chercherai pour les grains les plus rabougris. Plus un maïs est sucré, plus le grain séché est rabougris, le sucre qui ne s'est pas transformé en amidon ne remplis pas la ''cellule ''. Il se peut que sur des épis il n'y en ait pas, le Inca Rainbow a mis 15 ans à produire 15 ou 20 grains sucrés. Mais ca devrait être plus facile ici, on part de moins loin génétiquement.
Tous ces grains de tous ces plants mères me feront le début d'un processus de création d'un maïs riche génétiquement, variable, ce qui est pour moi une qualité et pour Monsanto un défaut, mais je les emmerde, ces cafards mal enculés
Les grains de mes maïs sucrés seront en majorité blanc et jaunes, avec du bleu ( certains mais blancs mûrissent bleu ) ou rouge ( même phénomène) à cause du Bloody Butcher, Inca Rainbow etc...
Les grains sucrés extraits de mes maïs à farine, si j'en ai, et je devrais en avoir, seront multi-colores. Ces couleurs, ce sont des anthocyanines, il y en a plus dans les mais foncés que dans bien des petits fruits.
Je les ajouterai l'an prochain à mes grains de mais sucrés, je cherche à créer le maïs Bisonblanc après tout!! Et je le veux riche génétiquement, comme les amérindiens les voulaient.
Mais comme il y a eu des mutations naturelles qui nous ont apporté un gène nouveau, le SE ( pour sugar extended) qui ajoute plus de sucre et retarde la conversion de celui-ci en amidon ( les sucres des SU se transforment en amidon dès la ceuillette, ils sont délicieux mais pas pour longtemps), je vais semer mon Bisonblanc F1 avec des maïs blancs SE, puisque les gènes de couleurs vont primer sur le blanc. Comme la fleur femelle dans les maïs a été trouvée avoir une légère prédominance génétique, je vais semer un rang de Bisonblanc F1, un rang de ....disons Argent SE, puis continuer en alternance...
Je vais couper les têtes de pollen de mon Argent SE, pour que les pollens multi-colores se posent assurément sur mes épis SE. J'aurai donc encore une souche SU de mon Bisonblanc, qui sera dorénavant la 2 ieme génération, ou F2, et une nouvelle avec , en quantité variable mais que j'espère suffisante, car la nature nous joue souvent des tours, des maïs multi-colores au gène SE. Mais ca pourrait prendre plus d'un an... Là encore, après m'être empiffré de bon maïs, je laisserai sécher assez d'épis de mes 2 souches.
Dans les souches mères Argent (croisées avec mon Bisonblanc F1), je continuerai à chercher les plus rabougris des grains, je ferai de la farine ou de la semoule avec le reste..
Et je recommencerai. À mesure que les générations vont avancer, il va se produire des surprises. En faisant de la ségrégation, je finirai peut-être avec quelques souches différentes de Bisonblanc...
Voilà, au fond, le genre de truc que l'on fait par ici. On est peut-être un peu fêlés, mais au moins on se marre et on bouffe bien !!
Et ca pourra peut-être te faire comprendre que je me hérisse souvent quand ca gueule contre les hybrides. En voulant condamner un système qui cherche à rendre les producteurs dépendants, et un terrible appauvrissement génétique dû à de l'hybridation commerciale à courte vue, axée plus sur la survie au transport que sur le goût, on jette souvent le bébé avec l'eau du bain.
Cette extraordinaire variété dans les tomates, c'est à l'hybridation qu'on la doit. En fait, toute variété de légume ou fruit a été un hybride avant d'être stabilisée. Et les plantes sauvages sont tellement hybridées qu'elles sont EN APPARENCE SEULEMENT homogènes...
Le mais Bisonblanc sera fameux au goût dans 5 ou 6 ans ( et bien avant!!), unique, variable, sain et généreux. On ne l'appellera plus un hybride, mais y'a un hybrideur à qui on pourra dire merci!!
J'entrerai plus tard dans les particularités de notre travail de ce côté-ci de la grand mare, mais disons que j'aurai énormément de matériel génétique à partager cet automne et qu'on pourra se taper une petite fête de la création variétale et de l'exploration végétale. Ce matériel sera disponible ici, merci les Tomos!!
Je m'occupe quand j'ai le temps de puiser dans les banques génétiques de quelques pays, je travaille sur la nannification et l'incorporation du gène Se dans le mais, à la fois pour le goût et pour réduire l'épuisement en azote des sols ( le maïs est un grand bouffeur d'azote, mais il crée 4 fois plus de carbone qu'il n'en a besoin, cette fibre peut alléger les sols lourds et enrichir les légers).
On se reparle Bisonblanc, je te trouve chanceux de t'être lancé dans une entreprise si intéressante, même si tu savais pas
