« Il faudra que je parle de celui-là qui était tout seul au fond du plateau et puis qui a acheté une femme avec les soixante francs d'un âne et qui, de ça, a fait revivre toute sa terre, et qu'une herbe nouvelle a poussé et qu'on a pu faucher le regain. »
Giono s'exprimait ainsi dans "Regain".
Nous étions allés quelques jours en famille dans les Gorges du Tarn. La foule des touristes me fit fuir vers des villages isolés. J'avais repéré un hameau déserté surplombant la vallée. Il fallait y aller. Nous commençâmes à gravir un chemin escarpé qui se rapprochait de la falaise. L'herbe laissa place aux éboulis calcaires qui rendaient la marche difficile à mesure que la pente augmentait.
Puis nous arrivâmes dans un désert de pierre. A notre gauche, la roche. A notre droite le précipice. Mon pas chancelait au fur et à mesure que le sentier se resserrait. Un homme avait choisi ce lieu de vie, c'est que la beauté était dans son âme, il fallait que je surmonte ma peur. Nous allions parvenir à son logis, juste sous la crête qui surplombe les Gorges. Je n'en menais déjà pas large, mais le vertige finit de me cueillir quand je vis que le sentier ne laissait plus qu'un seul pas d'homme entre la paroi et le vide.
Il fallu la persuasion de mes amis et de mes fils pour embrasser le muraille les yeux fermés, guidé par des mains secourables. Trois pas de côté, tout effroi dominé j'arrivais dans ce hameau composé d'une maison troglodytique, d'une chapelle, d'un jardin de quelques mètres, et d'une tombe.
Le dernier habitant n'en est jamais repartit.
Abandonné depuis 1932, il s'écroule lentement; son jardin est toujours fleuri par des anonymes passionnés de la beauté du lieu.
Voilà à quoi me fait penser ton jardin Fifou.
Si vous voulez une photo de ce lieu magique en voici une.
