Hypero Tomo
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Argiles, sables et limons
C'est ainsi que Jean François Bouchy me répondit lorsque je lui parlais des difficultés que j'avais rencontré dans la culture du potager. Cette réponse énigmatique voulait tout dire et laisser songeur.
"Fais une analyse du sol et tu verras ce que tu peux en faire"
J'allais enfin découvrir ce sol celui qui va être mon compagnon pendant cette saison. Je repars sur de nouvelles bases. J'avais pendant un an aimé cette Terre, sué à l'irriguer, peiné à l'idée de la quitter. Quatre mois plus tard, c'est le grand jour. Jacques m'a donné rendez vous pour voir à quoi elle ressemble. J'y vais fébrile. Je sais à quel point la Terre n'a pas de secret pour lui. Il n' a pas mis longtemps à l'apprivoiser. En deux coups de pelles, son oeil s'est plissé. Il porte une pleine main de limon à ses narines.
"Elle sent bon"
Il est avare de mots, il ne faut en laisser passer aucun. On creuse à différents endroits, pour voir si elle est assez ressuyée. Pour déceler aussi, la roche qui affleure par endroits, les racines qui s'accrochent. Le sable qui coule entre les doigts, l'argile qui colle aux mains. Les vers, les racines, les cailloux. Trente ans qu'il travaille la Terre, et la passion est intacte.
Le brabant était disponible, personne ne retourne au mois de janvier. Il y a urgence, la serre attend sur ses palettes. Et puis des hôtes de marque sont attendus. Un mois pour la monter et mettre en place l'irrigation. Si le temps le permet...
Une dernière photo du terrain avant le labour.

Le brouillard ne s'est pas levé depuis deux jours, l'air est humide et l'onglet attaque les orteils. Jacques arrive avec son engin trop large pour la route qui mène à la Terre.
"On va voir"
C'est ce que j'attends depuis des mois. A quoi ressemble-t-elle ? Un demi tour, Le brabant s'enfonce enfin. Le moteur reste calme, les roues dérapent, puis accrochent le sol.

L'odeur du labour, cette Terre brune, le bruit du brabant qui déflore le sol. Des vagues de limon qui se couchent en enfouissant l'herbe. Je découvre avide sa vraie nature.

Pas de pierres, pas de racines. Juste un sol paisible qui dormait depuis des années.

Je pensais que le travail était terminé. Dès qu'il fut descendu de son tracteur, je vis son visage arborer un sourire de satisfaction, non pas celui du travail bien fait, mais de ce qui restait à faire.
"On va pouvoir passer la herse, tu seras tranquille après...Si tu as deux minutes, je vais la chercher"

La herse ça va vite, très vite. Et ça donne ça comme résultat, un sol meuble. Il sort son Opinel de sa poche, fouille le sol avec la lame. Son visage s'illumine. Voilà c'est fini.
"T'as plus qu'à semer, c'est bon.. T'as de la chance d'avoir de la Terre comme ça..."

Merci. J'attends mes hôtes de marque. Je vais ouvrir grand mes oreilles, j'en ai encore à apprendre.
"Tout part du sol"
Candide Voltaire











