BEN POURQUOI VOUS FAITES CA ALORS ?
Avant de m’installer dans mon minuscule hameau, j’habitais à Paris, mais je venais dans le Jura pratiquement tous les week-end retrouver mon Castor et tous nos potes. Pour la citadine que j’étais, c’était génial !
Le copain qui nous hébergeait habitait près d’un couple de papy mamie qui lâchaient leurs poules dans la rue le matin, et les rentraient le soir après qu’elles aient gratté toute la journée dans les jardins environnants. Tout le monde avait clôturé son potager avec du grillage à mouton, ce qui fait les plantations ne souffraient pas trop. Régulièrement, Josépha la mamie nous demandait de l’aider à planter ses patates, ou à les ramasser, ou à rentrer son bois « hein Titi, qu’est-ce que tu fais là tout de suite ? » Et on se retrouvait à 6 ou 7 dans son champ de patate, et c’était torché en une paire d’heures.
Un jour qu’on ramassait ses patates, sa fille et ses petits fils ados sont arrivés. Les 2 ados en t-shirts blancs sont restés les bras croisés au bord du champ à nous regarder bosser pour leur grand-mère, tandis que la fille piapiatait avec sa mère. Ensuite, Josépha nous a conviés à manger le gâteau qu’elle avait fait, et nous nous sommes tous retrouvés dans sa cuisine. Et là, sa fille est partie dans une diatribe hallucinante comme quoi maintenant y avait plus d’entraide ni de solidarité entre les gens, et que tout ça c’était la faute aux étrangers, enfin je vous passe les détails.
Quelques temps plus tard, nous avons trouvé la maison de nos rêves mon castor et moi, précisément dans ce village, et un vieux paysan de nos amis a accepté de nous vendre son vieux Pony, dont il ne se servait plus depuis au moins 20 ans. Mon homme qui a des doigts d’or comme j’ai déjà eu l’occasion de vous le dire, l’a complètement retapé, a bricolé le système d’accroche de la faucheuse qui était incomplet, a fabriqué un petit soc de charrue, et nous sommes allés chez Josépha pour lui faucher son champ, puis Chez mamie Léa pour lui retourner son potager, puis chez une autre, et un autre, et encore un. Il est beau le Pony non ?
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Il y a un autre papy dans mon hameau, curieux comme une chèvre. Dès qu’un truc inhabituel se passe, il accourt pour voir. Et il s’est pris d’affection pour mon Castor, parce qu’il est toujours là pour lui aiguiser sa tronçonneuse, et que quand il est parti à discuter de la couche protectrice du soleil que les fusées ont abîmée, on n’ose pas lui dire qu’on n’a pas le temps. Un jour qu’il repartait avec sa lame flambant neuve, il dit à mon homme « Il faut que vous appeliez Chmoll, je lui ai dit que vous lui passeriez la charrue ». On s’est regardés avec ea Castor, on a trouvé ça plutôt marrant et somme toute assez flatteur finalement, ça prouvait qu’on était bien intégré en à peine 6 mois de présence… Donc on a appelé le gars, on a pris rendez vous, et un dimanche matin, on s’est pointé chez lui, et on lui a retourné son potager.
Après ça, il nous a invité à prendre le café, et on a commencé à discuter de la pluie, du beau temps, de la couche protectrice du soleil, et enfin du fait qu’il n’y a plus d’entraide à notre époque, que c’est le règne du chacun pour soi etc… Et nous on a répondu que non justement, ce qu’on essaie de faire c’est de mettre du lien dans la petite communauté dans laquelle on vit (je l’ai pas dit dans ces termes mais c’était l’idée générale vous voyez ?). Et à ce moment là il a pris son sac et il a dit « bon combien je vous doit ? » Alors là on est tombés des nues mon homme et moi (je vous jure avec du recul quelle bande de bisounours mon homme et moi), on a balbutié « mais… non… on a fait ça pour vous rendre service, on ne veut pas être payé… » Il a tellement insisté qu’on a fini par accepter qu’il nous rembourse l’essence. Mais bon tout de même on n’a pas fait ça pour ça vous comprenez monsieur, le lien social, l’entraide justement, la communauté, la petite maison dans la prairie… Et là il nous a dit :
« Excusez-moi de vous demander ça mais… vous êtes chrétiens ? »
« … euh non… non… en fait non, pas vraiment »
« Ben alors pourquoi vous faites ça ? »
On est resté sans voix. J’aurais dû lui dire : « parce qu’on est communistes » mais je n’y ai pas pensé sur le moment. J’aurais adoré voir sa tête.
L’année d’après on a encore fait quelques potagers (mais pas le sien, il ne nous a jamais rappelé, et il fait semblant de ne pas nous reconnaitre quand on se croise), et ensuite on nous a traité de ratrait, et on nous a dit que si on n’était pas contents de la tronçonneuse-tondeuse-bétonnière le dimanche matin, ou des chiens errants qui chient dans mon jardin, on n’avait qu’à retourner chez nous, donc à présent, le Pony ne roule plus que pour nous…
Je vous jure ces chrétiens tout de même !
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Nézida le Dim 11 Oct 2015 13:20, édité 1 fois.
Raison: photo périmée