REVEILUn bol de café dans les mains, le fessier bien calé dans un fauteuil, les jambes étirées et les pieds sur la table, j' ai brusquement l' envie d' observer le monde autour de moi. Pas le vaste monde, furieux et agité, non non ! Juste le petit monde qui vit autour de moi, qui chante, qui piaille, qui trille, qui roucoule.
J' ouvre les yeux, je cligne des paupières, aveuglé par le soleil.
ça se chicane toujours autant entre les pies et les corbeaux dans le grand chêne ; les buses se mettent une tannée un peu plus loin. Les ramiers, prudents, restent perchés dans le chêne malade. Dans les chênes, à gauche, un nouvel arrivé depuis peu : un épervier, intéressé par les mésanges.
Je dois bien être intégré au paysage parce que cela fait déjà deux fois que l'épervier me frôle le visage lorsqu'il pique vers la mangeoire. Juste un léger "Whouf !", un battement d'aile, qui me tirent de ma torpeur.
Mais là, aujourd' hui, je sens autre chose.
Je me suis habitué à la lumière. Pas un nuage dans le ciel. Et je la vois : la première hirondelle !
Et là, prise de conscience : le printemps ! ça serait donc le printemps !
J' évite de m'emballer, je fais redescendre mes pulsations cardiaques en me disant qu'une hirondelle ne fait pas le printemps.
Je suis l' hirondelle des yeux.
D' accord, une hirondelle ne fait pas le printemps, mais à chaque hirondelle vient son mois de mai. Cela mérite réflexion.
D'ailleurs, le soir même, je note ce fait remarquable dans mon cahier ; où vais-je puiser autant d' énergie, je me le demande parfois,....

Passé le temps de la réflexion hivernale vient le temps de l'action printanière. Alors, hier matin, lorsque j'ai vu ce beau ciel bleu, je me suis dit : "ça y est ! C' est le moment ! " . Je ne savais pas exactement de quel moment il s' agissait, mais, intuitivement, je me suis dirigé vers le coin panais-carottes.

Là, à droite du moche truc noir efficace, tu vois mieux ?

Ben là, juste là, il y a des panais et des carottes ; ce n'est pas évident pour les carottes, mais elles sont bien là. Le feuillage des panais s' est repris, et ça, ça sent le petit panais qui veut faire ses graines. Nous en avons mangé encore hier, le cœur n' est toujours pas fibreux, mais ça ne devrait pas tarder.
Alors hop ! Réveil ! Action ! Branle-bas de combat !
Il a plu des tonnes d'eau, la terre est sablonneuse, l'arrachage est d'autant plus facile.


C'est bien d'être efficace dans le travail, mais n'oublie pas le confort.

On n'est pas bien là ? Le dos chauffé par le soleil, le petit monde qui vit autour de moi, qui chante, qui piaille, qui trille, qui roucoule, je résiste à la tentation de fermer les yeux pour savourer ce moment de bonheur. L' eau froide des seaux m' aide grandement à garder les yeux bien ouverts. Je me fais la remarque que les doigts froids agissent sur les paupières, mais je ne noterai pas cette nouvelle observation dans mon cahier, qui ne doit être consacré qu' à des faits importants et relatifs au jardin et au potager. Fais l'essai chez toi : trempes tes doigts dans de l' eau glacée et essaies de fermer les paupières, étonnant, non ?
Halala ! Si tous les belliqueux du monde pouvaient tremper leurs doigts dans de l'eau fraîche en écoutant chanter les oiseaux, notre monde serait quand même un peu plus vivable.

Après cette folle dépense d' énergie, j' ai stocké tous ces jolis cageots dans le garage. Comme le temps s'annonce pluvieux, ça sent l' atelier cuisine et transformation de ces racines en produits lacto-fermentés et divers.
Mais attention ! Ne va pas croire que j'ai hiberné cet hiver ! Non non non ! J' ai eu de belles phases d'éveil ! Regarde ! :

T'as vu ? Pas l'abri à bois, non, devant l' abri à bois : des pierres, presque bien alignées, presque bien à niveau ! Des arceaux, du plastique, et pis tout plein de vert qui pousse et qu'on va bientôt manger !

Et pis j'ai mis des fleurs et des vivaces au bout pour faire joli !