Cinéma : Quand la Tomate Monte sur Scène

Une star inattendue : la tomate au cinéma Fruit de nos potagers, la tomate est aussi une étonnante actrice du septième art. Parfois comique, parfois terrifiante, parfois émotive, elle s’invite dans des œuvres de genres très différents, du polar français à la parodie américaine en passant par le drame social. Ce modeste fruit rouge a su se tailler une place de choix dans des scènes devenues cultes.

Les Tontons Flingueurs
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"Les Tontons Flingueurs" (1963) : Tomate, figure de la pègre

Réalisateur : Georges Lautner Dialogues : Michel Audiard Avec : Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Jean Lefebvre, Robert Dalban, Claude Rich, Venantino Venantini… Film culte du cinéma français, Les Tontons Flingueurs s’inscrit dans une époque où le polar se teinte d’ironie, d’absurde et d’une verve populaire devenue légendaire. Réalisé en 1963 par Georges Lautner, le film repose sur un scénario habilement construit autour de la transmission d’un empire mafieux à l’ancienne, pris dans la modernisation brutale des codes du banditisme. Parmi la galerie de personnages hauts en couleur se distingue un certain "Tomate", interprété par Charles Régnier. Ce surnom improbable, à la fois savoureux et cocasse, contraste délicieusement avec l’austérité feinte de ce responsable des jeux clandestins. Son nom devient un running gag subtil, incarnant l'esprit décalé du film : tout en évoquant une figure de la pègre, "Tomate" désamorce la violence latente avec une touche burlesque. Il illustre parfaitement la patte d'Audiard, maître du bon mot et du contre-pied. Ce surnom fruité devient le point de départ d’un des nombreux quiproquos du film, où les répliques fusent plus vite que les balles, dans une ambiance où la cocasserie du langage rivalise avec la tension dramatique. L’univers visuel, entre intérieurs feutrés, rues de banlieue et atmosphères enfumées, achève de peindre un monde en déclin, où les anciens gangsters ne comprennent plus la jeunesse montante, plus rapide, plus cynique, moins attachée à l’honneur que les tontons vieillissants. Depuis sa sortie, le film a connu une postérité extraordinaire. Répliques cultes, détournements, parodies : "Les Tontons Flingueurs" fait partie du patrimoine national, et "Tomate", ce petit nom qui aurait pu passer inaperçu, contribue au charme inaltérable d’un chef-d’œuvre de l’humour noir à la française.

L'Attaque des tomates tueuses
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"L’Attaque des tomates tueuse" (1978) : (Attack of the Killer Tomatoes!)

Réalisateur : John De Bello Avec : David Miller, George Wilson, Sharon Taylor, J. Stephen Peace, Jack Riley... Sorti dans l’indifférence quasi générale en 1978, ce film improbable deviendra pourtant culte dans les années 1980. Véritable ovni cinématographique, L’Attaque des tomates tueuses (Attack of the Killer Tomatoes) opère un croisement audacieux entre le film d’horreur de série Z et la comédie burlesque. Son concept ? Les tomates, jusqu’alors paisibles fruits de nos potagers, se rebellent soudainement contre l’humanité. Elles roulent, sautent, volent (presque) et tuent avec une détermination végétale implacable. Le film assume son absurdité jusqu’au bout : effets spéciaux rudimentaires, décors volontairement kitsch, costumes grotesques et narration au second degré. Chaque scène est un clin d’œil aux clichés des films catastrophe des années 1950, parodiant également les blockbusters contemporains de façon totalement décomplexée. L’humour repose sur l’exagération, les dialogues absurdes et une bande-son volontairement outrancière. Ce cocktail improbable séduit peu à peu un public adepte du "nanar", et le film gagne un statut culte. Il devient le point de départ d’une saga déjantée, qui compte plusieurs suites. La plus célèbre reste "Le Retour des tomates tueuses" (1988), dans lequel on retrouve un tout jeune George Clooney dans un de ses tout premiers rôles. Le succès du film est tel qu’il inspire même une série animée dans les années 1990, preuve de son impact durable sur la pop culture. Aujourd’hui encore, L’Attaque des tomates tueuses est cité parmi les plus grands nanars de l’histoire du cinéma, une distinction qu’il revendique fièrement. En détournant les codes du cinéma de genre, en transformant un simple fruit en monstre de foire, le film pose cette question absurde mais délicieusement provocante : une tomate peut-elle incarner la terreur ? Peut-être pas… mais elle peut, à coup sûr, faire rire — et même entrer dans la légende.

Le Retour des tomates tueuses
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"Le Retour des tomates tueuses" (1988) : quand les fruits se rebellent

Réalisateur : John De Bello Avec : George Clooney, Anthony Starke, Karen Mistal, John Astin, J. Stephen Peace Dix ans après le délire cinématographique du premier opus, John De Bello remet le couvert avec Le Retour des tomates tueuses (Return of the Killer Tomatoes), une suite tout aussi déjantée mais techniquement plus aboutie. Cette fois-ci, le film s’offre même une star montante : un jeune George Clooney, dans un de ses tout premiers rôles, au look années 80 assumé. Le scénario s’inscrit dans la continuité du premier film, tout en développant une satire encore plus marquée de la société américaine et des médias. Le professeur fou Gangreen (interprété avec panache par John Astin) a mis au point une machine capable de transformer des tomates ordinaires en humains ultra-obéissants, créant une armée de "tomato-humanoïdes" à son service. Parmi elles, la séduisante Tara, qui se nourrit exclusivement… de ketchup. Avec ses références décalées à Frankenstein, ses effets spéciaux fauchés mais inventifs, et son humour méta (le film va jusqu’à interrompre l’action pour parler du budget et intégrer des publicités de manière volontairement ridicule), cette suite parodie non seulement les films de science-fiction, mais aussi l’industrie hollywoodienne elle-même. Le Retour des tomates tueuses assume pleinement son statut de série B. Ce film est un laboratoire de gags visuels, de clins d’œil absurdes et de répliques aussi idiotes qu’inoubliables. Il flirte avec le surréalisme à la Monty Python tout en cultivant un esprit punk et irrévérencieux. S’il n’a pas rencontré de succès en salles à sa sortie, le film a acquis au fil du temps une aura culte auprès des amateurs de nanars et des nostalgiques du cinéma pop décomplexé. Il conforte la tomate comme icône subversive et improbable du grand écran — un fruit devenu symbole de satire sociale et de résistance loufoque contre l’ordre établi.

Autres films de la saga :
Les Tomates tueuses contre-attaquent ! Killer Tomatoes Strike Back! (1991)
Les Tomates tueuses mangent la France ! Killer Tomatoes Eat France! (1992) – une incursion comique en France où les tomates menacent la culture locale dans un délire encore plus absurde.

Beignets de tomates vertes
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"Beignets de tomates vertes" (1991) : la tomate, entre mémoire et résistance

Réalisateur : Jon Avnet Avec : Kathy Bates, Jessica Tandy, Mary Stuart Masterson, Mary-Louise Parker Scénario : Fannie Flagg et Carol Sobieski, d’après le roman Fried Green Tomatoes at the Whistle Stop Cafe Adapté du roman à succès de Fannie Flagg, Beignets de tomates vertes (Fried Green Tomatoes) est bien plus qu’un simple drame sentimental. C’est un récit à plusieurs niveaux, une fresque profondément humaine, féministe et sociale où la tomate – verte cette fois – devient un fil rouge symbolique entre passé et présent, entre mémoire et transmission, entre marginalité et résilience. L’histoire alterne entre deux époques. Dans les années 1980, Evelyn Couch (Kathy Bates), femme au foyer écrasée par la routine, rencontre Ninny Threadgoode (Jessica Tandy), une vieille dame vive et espiègle, dans une maison de retraite d’Alabama. Celle-ci lui raconte la vie de deux femmes libres et intrépides, Idgie (Mary Stuart Masterson) et Ruth (Mary-Louise Parker), qui dans les années 1930 ont ouvert ensemble le "Whistle Stop Café", où l’on sert notamment les fameux beignets de tomates vertes. Au cœur de cette narration croisée, la tomate devient plus qu’un simple ingrédient culinaire : elle incarne une forme de résistance, une volonté d’exister autrement dans une Amérique rurale conservatrice, raciste et patriarcale. Le plat, en lui-même, symbolise la chaleur d’un foyer inclusif, un lieu de refuge pour les marginaux, les exclus, les opprimés. La cuisine devient politique. La relation entre Idgie et Ruth – jamais nommée comme une histoire d’amour à cause des contraintes hollywoodiennes de l’époque – rayonne de tendresse et d’humanité. Le film aborde avec pudeur et force les thèmes du deuil, de la violence domestique, de la solidarité féminine, et même du cannibalisme suggéré dans une séquence fameusement ambigüe. Salué pour sa sensibilité et sa profondeur, Beignets de tomates vertes est aussi porté par des actrices magistrales et une bande originale poignante. Nommé à deux reprises aux Oscars, il a marqué toute une génération, devenant un classique du cinéma indépendant américain. Avec ce film, la tomate, loin de n’être qu’un détail pittoresque, devient un vecteur d’émotions, de souvenirs, d’identité et de lutte. Elle incarne la chaleur des liens retrouvés, la force des récits transmis, et la puissance des gestes simples face à l’injustice.

L’attaque des tomates géantes
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"L’attaque des tomates géantes" : pastiche galactique à la française

Réalisateur : Mr Yann Genre : Court-métrage parodique Pays : France Date : non précisée (années 2000 estimées) Ce petit ovni du cinéma amateur français mérite sa place dans l’univers des hommages décalés à la tomate. Réalisé par Mr Yann, L’attaque des tomates géantes est un court-métrage humoristique qui détourne avec un esprit potache les codes de la science-fiction et du space opera, dans une parodie joyeusement bricolée de Star Wars. Réalisé par Mr Yann, ce court-métrage parodique français détourne l’univers de Star Wars avec des fruits pour personnages principaux. Oranges et tomates s’affrontent dans l’espace dans une guerre burlesque et totalement artisanale. Le film, bien que peu connu, démontre une créativité sans limites et un humour potache qui rendent hommage aux détournements faits maison. C’est un ovni cinématographique plein d’autodérision, dans lequel la tomate joue littéralement un rôle galactique. ➡️ Regarder la vidéo Le scénario suit les mésaventures d’un groupe de résistants en lutte contre l’invasion des tomates galactiques. Le ton est résolument loufoque : les tomates parlent, volent, tirent des rayons laser, et prennent le contrôle de planètes entières. Dans cette fresque burlesque, tout est sujet à rire, des costumes aux dialogues, en passant par les références cinématographiques détournées. Ce court-métrage ne se prend jamais au sérieux, et c’est justement là sa force. Il s’inscrit dans la tradition des films de genre faits avec trois bouts de ficelle mais beaucoup d’imagination. La tomate y devient un monstre rigolo, une métaphore du cinéma d’enthousiasme et de débrouille. Si son audience reste confidentielle, L’attaque des tomates géantes témoigne de l’incroyable capacité de ce fruit à inspirer aussi bien les grandes productions que les créations underground, en s’invitant même jusque dans les galaxies les plus farfelues de la création amateur.

Quand les tomates rencontrent Wagner
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"Quand les tomates rencontrent Wagner" (2019) : une symphonie agraire

Réalisatrice : Marianna Economou Genre : Documentaire Langue : Grec (sous-titré) Distinctions : Représentant officiel de la Grèce aux Oscars 2020, prix et sélections dans de nombreux festivals internationaux Avec Quand les tomates rencontrent Wagner (When Tomatoes Met Wagner), la réalisatrice grecque Marianna Economou nous livre un documentaire poétique et attachant, situé dans le petit village de Elias, au cœur de la Thessalie. Ce film vibrant rend hommage à la résilience des petits producteurs face aux défis du monde globalisé. Et, comme son titre l’indique, la tomate y joue le rôle principal… en parfaite harmonie avec la musique de Richard Wagner. Dans cette chronique du quotidien, deux cousins, Christos et Alexandros, décident de relancer la culture de tomates biologiques ancestrales en impliquant les femmes âgées du village. Leur idée singulière ? Diffuser de la musique de Wagner dans les champs, persuadés que cela améliore la croissance et le goût des tomates. Ce geste, à la fois absurde, poétique et sérieux, devient une métaphore filée tout au long du film : la nature, l’art et la tradition peuvent faire bon ménage face à la logique de la productivité industrielle. Les scènes sont tendres, parfois cocasses, souvent émouvantes. On assiste à la préparation minutieuse des bocaux, aux séances d’étiquetage artisanal et aux efforts de commercialisation dans les épiceries fines européennes. Le contraste entre le monde rural grec, frappé par la crise économique, et les exigences du marché mondial crée une tension douce, que la réalisatrice parvient à sublimer sans jamais verser dans le pathos. La tomate devient ici symbole d’espoir, d’autonomie, de transmission intergénérationnelle. La musique de Wagner, inattendue dans ce décor modeste, agit comme un élixir ironique et lyrique, apportant une dimension presque mythologique à ces gestes agricoles simples. En conjuguant humour, tendresse et critique sociale, Quand les tomates rencontrent Wagner fait de la tomate un instrument de résistance douce, une alliée du patrimoine vivant, et une passerelle entre le local et le monde.