ETAJB: Mildiou

Des séries de photos pour bien le reconnaitre:

http://www.longislandhort.cornell.edu/vegpath/photos/lateblight_tomato.htm#images


Feuillage atteint par le Mildiou Mildiou sur fruit, début Mildiou sur fruit

Mildiou sur tiges Mildiou - fin d'une culture Mildiou - fruits contaminés

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Le connaitre

La maladie se répand par temps frais et humide, souvent en fin de saison, d'où son nom anglais de "late blight".

Elle est causée par un oomycète, phytophtora infestans, qui est un organisme aquatique qui a à la fois les caractéristiques d'un champignon et d'une algue.


Les spores du mildiou ne peuvent donc pas germer sur du feuillage sec. Elles ne germent qu'en présence d'eau pendant 8 heures (humidité relative de 100%, brouillard et condensation), et l'invasion démarre avec des températures entre 15 et 24 °C et des nuits froides et humides. La germination est stoppée dès que l'humidité tombe à 80%. Le mildiou est stoppé par des températures supérieures à 30°C, et il est détruit si ces températures persistent plus d'un mois.

Les premiers signes passent souvent inaperçus. Taches jaunâtres, puis brunes, commençant par le bord des feuilles. Le centre se dessèche, avec une auréole jaunâtre et un duvet blanchâtre à l'envers des feuilles (sporulation).

On commence à remarquer le problème lorsque des portions entières de feuilles brunissent et se ramollissent. Les taches noires mates se multiplient, les feuilles entières pourrissent ou se dessèchent.

Puis les tiges sont à leur tour entourées d'anneaux bruns et les tissus se nécrosent.

Les fruits sont atteints en dernier. Certaines variétés de tomates sont plus résistantes que d'autres au mildiou des fruits, alors que sur d'autres, le feuillage reste sain alors que les fruits sont touchés. Des taches huileuses apparaissent sur la peau des fruits verts, s'étendent rapidement, des moisissures s'installent très vite et ils pourrissent.

A partir d'un foyer de départ, l'épidémie gagne vite de proche en proche toute la plantation.


Moyens de lutte

Etant donnée l'absence de traitements efficaces la prévention est essentielle.

Il faut éviter que les feuilles ne soient recouvertes d'un film d'eau pendant plusieurs heures, et donc protéger les plantes de la pluie, s'abstenir d'arroser par aspersion, et, sous abri, lutter contre l'humidité.

Un bon espacement des plantes, la taille et le tuteurage pour permettre la circulation de l'air, l'effeuillage des parties basses sont conseillés si le climat est défavorable (températures au-dessous de 28°).

La protection du sol avec un film plastique ou un paillage permettent à la fois de réduire l'humidité ambiante et d'empêcher la contamination par le sol en cas de présence d'oospores.

L'excès d'azote rend les plantes plus sensibles au mildiou.


Des traitements préventifs permettent d'éviter la germination des spores:

- Le cuivre et le bicarbonate de soude, que l'on peut utiliser ensemble, ce qui permet de réduire de moitié la dose de cuivre.
- Les décoctions de plantes - prêle, sauge, romarin...
- Les purins: d'ail, d'ortie...
- Les huiles essentielles fongicides: sauge, romarin, lavande, tea-tree, citron...
- l'iode


Pour ralentir la propagation du parasite il faudra, dès l'apparition des premiers signes,

- enlever les feuilles atteintes

- Appliquer les traitements déjà cités tous les deux jours

- Essayer d'atteindre ou de dépasser la température de 30° le plus souvent possible si on cultive sous abri, tout en aérant au maximum la nuit pour éviter la condensation.


D'après le site ephytia - INRA,

"Un certain nombre de micro-organismes et d’extraits de plantes (romarin, lavande, thym, fenouil…)… ont été testés à l’égard de P. infestans. Certains d’entre eux ont présenté une certaine efficacité in vitro. Malheureusement, placés dans les conditions de production au champ et devant l’agressivité de l’agent responsable du mildiou, ils se sont souvent avérés inaptes à contrôler les épidémies de ce dernier.
"Des sols résistants à ce chromiste ont aussi été décrits au Mexique, dans la vallée de Toluca. Cette propriété serait conféré par les activités biologiques de plusieurs micro-organismes (Pseudomonas sp., Burkholderia sp., Trichoderma sp.).

Source: http://ephytia.inra.fr/fr/C/5171/Tomate-Methodes-de-protection


Les différentes variantes de phytophtora et ses modes de reproduction

Le mildiou qui nous intéresse n'affecte que les solanacées, et il existe sous de nombreuses variantes plus ou moins virulentes.

Jusqu'à il y a une dizaine d'années, il n'existait que sous une forme asexuée appelée souche A1, et se multipliait par clonage, via le mycélium présent dans des tissus vivants. Sous cette forme phytophtora ne peut pas survivre l'hiver sur des débris végétaux ou dans le sol. Il lui faut des hôtes qui résistent au gel. Les tubercules de pomme de terre sont la source N°1 de contamination, et les solanacées sauvages sont aussi à surveiller. La propagation se fait au printemps, à partir de quelques foyers d'infection primaires dont les spores sont portées par le vent sur plus d'un kilomètre, ce qui peut rapidement contaminer une région entière si le temps est humide.


Malheureusement, les années 1990 ont vu l'apparition chez nous de la souche A2 qui est le partenaire sexuel de la souche A1 déjà présente. Ce qui permet une reproduction sexuée de phytophtora, avec production d'oospores capables de survivre l'hiver sans hôtes vivants, dans le sol ou sur des supports inertes, sur les débris infectés de feuilles, de fruits, et même sur des graines. Deuxième problème, cette reproduction sexuée permet également au pathogène de muter, de former des variantes de plus en plus agressives, virulentes et résistantes aux traitements.


L'INRA a recensé une grande diversité des souches de mildiou avec une présence accrue des deux races sexuées de phytophtora dans les cultures de tomates et il y a de fortes chances que les oospores soient présents dans les régions très sensibles.

Donc, dans le doute, il vaut mieux éliminer tous les résidus de culture pouvant être infectés, ne surtout pas les laisser en surface ou les mettre au compost. Bien nettoyer les abris, jeter les paillis ou, en tous cas, ne pas les remettre en contact avec des solanacées.

Il faut éviter la proximité entre tomates et pommes de terre et se méfier des repousses spontanées de pommes de terre ou de tomates.

Et avec le soupçon de contamination des graines par les oospores, il est souhaitable d'assurer une bonne fermentation des graines lors de leur collecte.


Mildiou au stade terminal

Variétés de tomates résistantes au mildiou

Trois gènes de résistance, ph1, ph2 et ph3, ont été introduits à partir de Lycopersicon pimpinellifolium. Le premier et le deuxième ont rapidement été contournés par le pathogène, et on développe actuellement quelques variétés portant les deux gènes ph2 et ph3. La résistance de ces variétés est partielle et permet seulement d'espacer la fréquence des traitements. Les mutations du parasite finissent en général par contourner les résistances génétiques introduites dans ces variétés, et c'est une course sans fin.



pour en savoir plus:

http://ephytia.inra.fr/fr/C/5000/Tomate-Phytophthora-infestans-mildiou-aerien Le site ephytia de l'INRA fait le point sur la situation en France, voir le 2e volet "Biologie, épidémiologie"]

Conseils aux jardiniers du Cornell extension center

La fiche technique pour maraichers du DRAAF de Haute Normandie


Des sites de jardiniers ont bien décrit le mildiou et les mesures à prendre:


Tomodori parle du mildiou ici

Le blog d'Aurélien: comment identifier et lutter contre le mildiou de la tomate


On en parle sur Tomodori

Tomo Croqueuse Retour au Sommaire : Les ennemis de la tomate et l'arsenal du jardinier bio